OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Saul Williams : l’art du “do what you want” http://owni.fr/2011/02/28/saul-williams-lart-du-do-what-you-want/ http://owni.fr/2011/02/28/saul-williams-lart-du-do-what-you-want/#comments Mon, 28 Feb 2011 11:18:41 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=30503 Nous avons rencontré Saul Williams lors du Midem 2011, le marché international du disque et de l’édition musicale, alors que la sortie de son nouvel album Volcanic Sunlight est prévue pour le printemps 2011.

Saul Stacey Williams est poète, acteur, écrivain, chanteur, rappeur, artiste multi-instrumentiste…c’est un slammeur reconnu lorsqu’il est sollicité pour tenir le rôle principal du film de Marc Levin Slam en 1998. Il sort deux albums avant d’offrir The Inevitable Rise And Liberation Of Niggytardust, un album co-écrit et co-produit par Trent Reznor, le fameux leader du groupe NIN (Nine Inch Nails), en 2007 et en Pay What You Want (ou Prix Libre).

A Cannes, il n’a accepté qu’une seule interview, celle d’OWNImusic et après avoir annulé tous les concerts prévus en Europe, il a gardé la seule date du Midem Talent. Une première date face à un parterre de professionnels, qui montre à quel point cet artiste est un explorateur visionnaire, provocateur, dont le talent ne peut être ignoré puisque son succès a été maintes fois validé et que l’attente du prochain album semble interminable pour les fans.

Saul nous reçoit dans sa chambre d’hotel. Sa voix grave est apaisante, son discours aussi intègre que sa musique. Saul Williams est connu pour être un artiste “hors piste”, il est un concept à lui tout seul et cette rencontre nous a permis de comprendre la particularité de sa démarche.

Il nous explique sa perception des changements qui s’opèrent dans le monde et comment selon lui la musique et les arts en général peuvent en bénéficier. Saul a été l’un des premiers à être honnête avec son public en se réappropriant le choix qu’il avait déjà, celui de payer ou pas pour ses créations. Saul n’est pas un homme rebelle avec un esprit de contradiction systématique, mais il sait que la vie est une question d’équilibre et que chaque projet est à traiter au cas par cas.

Nous savons que cette vidéo ne pourra en aucun cas reconstituer ce que dégage le personnage, mais nous estimons que son discours est pertinent, même si les sujets abordés dans cette interview sont analysés chaque jour par des journalistes. Nous trouvons captivant que pour une fois, cette ère de mutations soit évoquée par un artiste et non un professionnel du secteur.

Ci dessous, l’interview réalisée par OWNImusic:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Premier clip extrait de l’album “Volcanic Sunlight” : Explain My Heart

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Saul Williams a lancé la promotion de Volcanic Sunlight en Novembre avec une campagne QR code. En scannant ce code à l’aide d’un smartphone, vous pourrez télécharger gratuitement le premier extrait intitulé Explain My Heart en échange d’une adresse email:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Retrouvez l’interview intégrale, bientôt sur OWNImusic.


Montage vidéo : Romain saillet. Crédit musique : Artner

Illustrations CC FlickR: lavid

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Saul Williams: “ceux qui peuvent gagner, ce sont les artistes” http://owni.fr/2011/02/27/saul-williams-ceux-qui-peuvent-gagner-ce-sont-les-artistes/ http://owni.fr/2011/02/27/saul-williams-ceux-qui-peuvent-gagner-ce-sont-les-artistes/#comments Sun, 27 Feb 2011 15:12:20 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=48613 Nous avons rencontré Saul Williams lors du Midem 2011, le marché international du disque et de l’édition musicale, alors que la sortie de son nouvel album Volcanic Sunlight est prévue pour le printemps 2011.

Saul Stacey Williams est poète, acteur, écrivain, chanteur, rappeur, artiste multi-instrumentiste…c’est un slammeur reconnu lorsqu’il est sollicité pour tenir le rôle principal du film de Marc Levin Slam en 1998. Il sort deux albums avant d’offrir The Inevitable Rise And Liberation Of Niggytardust, un album co-écrit et co-produit par Trent Reznor, le fameux leader du groupe NIN (Nine Inch Nails), en 2007 et en Pay What You Want (ou Prix Libre).

A Cannes, il n’a accepté qu’une seule interview, celle d’OWNImusic et après avoir annulé tous les concerts prévus en Europe, il a gardé la seule date du Midem Talent. Une première date face à un parterre de professionnels, qui montre à quel point cet artiste est un explorateur visionnaire, provocateur, dont le talent ne peut être ignoré puisque son succès a été maintes fois validé et que l’attente du prochain album semble interminable pour les fans.

Après une petite session de négociation avec son label, il nous reçoit dans sa chambre d’hotel. Sa voix grave est apaisante, son discours aussi intègre que sa musique. Saul Williams est connu pour être un artiste “hors piste”, il est un concept à lui tout seul et cette rencontre nous a permis de comprendre la particularité de sa démarche.

Il nous explique sa perception des changements qui s’opèrent dans le monde et comment selon lui la musique et les arts en général peuvent en bénéficier. Saul a été l’un des premiers à être honnête avec son public en se réappropriant le choix qu’il avait déjà, celui de payer ou pas pour ses créations. Saul n’est pas un homme rebelle avec un esprit de contradiction systématique, mais il sait que la vie est une question d’équilibre et que chaque projet est à traiter au cas par cas.

Nous savons que cette vidéo ne pourra en aucun cas reconstituer ce que dégage le personnage, mais nous estimons que son discours est pertinent, même si les sujets abordés dans cette interview sont analysés chaque jour par des journalistes. Nous trouvons captivant que pour une fois, cette ère de mutations soit évoquée par un artiste et non un professionnel du secteur.

Ci dessous, l’interview réalisée par OWNImusic:

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Premier clip extrait de l’album “Volcanic Sunlight” : Explain My Heart

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Saul Williams a lancé la promotion de Volcanic Sunlight en Novembre avec une campagne QR code. En scannant ce code à l’aide d’un smartphone, vous pourrez télécharger gratuitement le premier extrait intitulé Explain My Heart en échange d’une adresse email:

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Retrouvez l’interview intégrale, bientôt sur OWNImusic.


Montage vidéo : Romain saillet. Crédit musique : Artner

Illustrations CC FlickR: lavid

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Radiohead : réapparition remarquée http://owni.fr/2011/02/18/radiohead-reapparition-remarquee/ http://owni.fr/2011/02/18/radiohead-reapparition-remarquee/#comments Fri, 18 Feb 2011 16:28:00 +0000 Benoît Georges http://owni.fr/?p=30413 La sortie du nouvel album de Radiohead, c’est LA news de la semaine. Nous avons sélectionné ce billet écrit par Benoit Georges et publié sur l’excellent blog de JC Ferraud. Sa pertinence et sa qualité nous ont séduits et nous vous le recommandons chaudement.

Benoît est un ami : journaliste, geek, passionné de musique et fan de Radiohead comme moi. Comme il frémissait d’excitation à l’idée de la sortie du nouvel album de la bande de Thom Yorke, “Kings of Limbs”, qui sera disponible en téléchargement dans quelques heures sur Radiohead.com, je lui ai demandé de revenir sur cette “réapparition”. En 2007, pour “In Rainbows”, le groupe le plus aventurier et aventureux de l’ère post-rock et digitale avait fait le pari de laisser les internautes libres de payer ce qu’il voulait. Y compris rien. Une manière de créer le “buzz”, mais, aussi de tester un nouveau modèle du disque à l’heure de “l’économie de la gratitude”. Cette fois, la mystérieuse tracklist dématérialisée de ce huitième album sera proposé à prix fixe. Alors Radiohead a-t-il tout bon ou tout faux ? En attendant de pouvoir écouter ce précieux nouvel opus dans quelques heures (et de signer, pourquoi pas, une chronique musicale jubilatoire à quatre mains avec Benoît), je lui laisse le soin de vous expliquer le pourquoi et le comment de cette sortie très attendue du point de vue du business du disque et surtout du consommateur internaute… JC

Une autre industrie musicale est-elle possible ? L’annonce, mardi dernier, sur le site de Radiohead, de la sortie d’un nouvel album, « King of limbs », téléchargeable dès ce samedi 19 février pour 7 euros a été vue par beaucoup comme un renoncement. Il faut dire qu’il y a quatre ans, le plus grand groupe de rock du monde (bon, d’accord, JC, après les Ramones, mais en beaucoup moins morts) avait marqué les esprits: pour l’album « In Rainbows », fin 2007, les internautes étaient libres de payer ce qu’ils voulaient, y compris… rien du tout. Alors, la bande à Thom Yorke est-elle rentrée dans le rang en abandonnant la gratuité ? A mon avis, non. Histoire de s’occuper en attendant d’écouter le disque, quelques réflexions en vrac. Mais comme vous n’en pouvez plus d’attendre voici ce qui ressemble fort à un premier extrait, “Lotus Flower”, un superbe titre que le groupe joue et teste sur scène depuis un bon moment déjà:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Combien coûte une œuvre intellectuelle à l’heure de la dématérialisation ? La question agite le monde de la musique (et empêche les majors de dormir) depuis une bonne décennie. La réponse a d’abord été: « rien du tout, puisqu’on peut échanger des fichiers gratuitement ». De l’histoire ancienne : Napster a ouvert en 1999 et fermé en 2001, mais grâce à ses successeurs, elle reste d’actualité. En 2007, Radiohead, qui vient de claquer la porte de la major EMI, trouve une autre réponse en solo avec « In Rainbows » : « le disque vaut ce que vous voulez, du moment que vous payez ». Au premier abord, ça fait un peu coup marketing ou caprice de star, au choix. Avec le recul, c’est un peu plus malin. Il y a quatre ans, pas grand monde n’achetait de musique en ligne – rappelez-vous, toute le monde se goinfrait de Gnutella à l’époque. Pour beaucoup, la sortie d’ « In Rainbows » a permis d’apprendre que la musique pouvait se payer, et pas seulement sur iTunes.

HOW I MADE MY MILLIONS

Et pour le groupe, l’opération a-t-elle été rentable ? Oui, sans aucun doute. Un mois après le lancement d’ « In Rainbows », Comscore avait publié une étude tous avaient téléchargé l’album, mais le plus souvent (62%) sans payer. Pas de quoi pleurer sur le sort du quartet d’Oxford : selon des chiffres dévoilés par le groupe un an plus tard, « In Rainbows » s’est vendu au total, tous supports confondus (CD, coffret bonus, téléchargement) à 3 millions d’exemplaires… dont 1,75 du CD, sorti un mois plus tard. C’est trois fois plus que l’album précédent du groupe sorti chez EMI.

Moralité : à condition d’être suffisamment connu pour que l’info circule, vendre (et même donner) un album sur Internet est un formidable produit d’appel pour… vendre des disques ! Et je ne parle pas des tournées… D’ailleurs, dès mercredi dernier, l’excellent label indépendant XL Recordings , qui est devenu la maison de Radiohead, annonçait la sortie de «King of Limbs » version CD et vinyle pour le 28 mars. Il sera intéressant de voir si, cette fois encore, l’album se vend mieux en version physique ou immatérielle.

EVERYTHING IN ITS RIGHT PLACE

Dernière question: quel est le juste prix d’une œuvre dématérialisée ? « The King of Limbs » coûte 7 euros en MP3 (320 kbps) et 11 euros en Wav (« qualité CD », comme ils disent). Pourquoi 7 euros, et pas 5 ou 10 ? A mon avis, deux explications.

D’abord parce que c’est le prix que les internautes payeurs sont prêts à verser : selon Comscore, les personnes qui avaient acheté « In Rainbows » en ligne à sa sortie en 2007 avaient payé en moyenne 6 dollars (8 ,05 aux Etats-Unis, 4,64 en dehors). Quatre ans après, l’opération peut donc être vue comme un belle (et peu coûteuse) étude de marché. Ensuite à caused’Apple.

Explication : la domination de l’iTunes Music Store dans le monde du téléchargement a, de facto, créée un quasi-prix unique de l’album numérique : 9,99 euros dans la plupart des cas (hors promotions, EP, doubles albums…). Sur ces 9,99 euros, Apple prélève sans vergogne 30%. Ce qui laisse grosso modo aux artistes et maisons de disques… 7 euros. Un excellent prix, donc, pour un groupe désireux de pratiquer la vente sans intermédiaires. estimant le nombre de visiteurs du site de Radiohead à 1,2 million.

B.G.

(*) Sans compter une version collector à 36 et 39 euros (cette fois appelée « newspaper CD »), un énervant attrape-bobo qui en plus va totalement à l’encontre due côté écolo du groupe – la démarche « j’achète à la fois un CD + 2 vinyles du même disque que j’ai déjà téléchargé + plein de dessins moches qui finiront au fond d’un tiroir », même si l’enveloppe est en plastique biodégradable, c’est pas ce qui se fait de mieux en matière d’empreinte carbone…

Et moi JC, je vous offre en bonus deux des titres cités en creux dans cet excellent billet:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Article initialement publié sur : Mon écran radar sous le titre “Radiohead, How To Reapper…”

Crédits photos CC flickr: antoinegiret

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Pascal Nègre : “On a une image d’hommes préhistoriques” http://owni.fr/2010/12/04/pascal-negre-on-a-une-image-dhommes-prehistoriques/ http://owni.fr/2010/12/04/pascal-negre-on-a-une-image-dhommes-prehistoriques/#comments Sat, 04 Dec 2010 00:25:46 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=37957 Lorsque Pascal Nègre sort un livre (Sans Contrefaçon, titre gracieusement accordé par son amie Mylène Farmer) qui revient sur sa carrière, de ses débuts sur une petite radio de la région parisienne à son ascension au poste de P-DG de la première major de France, l’occasion est trop belle. OWNImusic en a donc profité pour le rencontrer et l’interroger sur les questions qui animent voire secouent l’industrie dont il est une des incarnations emblématiques.

L’homme, affable, est relativement facile d’accès et accueillant. Du haut de son bureau du Vème arrondissement, nous abordons des sujets qui font polémique et parfois même fâchent. Si l’échange est parfois animé, M. Nègre nous assure qu’il n’est “jamais en colère, mais convaincu”.

Le parti pris de notre interview était moins de parler du livre et de l’auteur (sur lesquels vous pourrez trouver de nombreuses critiques plus ou moins élogieuses) que d’entendre les positions de l’un des hommes les plus puissants de l’industrie musicale en France. Une industrie qui, comme chacun sait, subit des mutations fondamentales.

Nous avons délibérément choisi de vous donner accès à l’intégralité de notre entretien [PDF], qui a duré près d’une heure quinze au lieu de la demi-heure initialement prévue. Preuve que même si nos avis divergent (et ce fut souvent le cas au cours de cet entretien), rien n’empêche d’échanger avec un chef d’entreprise souvent décrié.

Pascal Nègre, un homme affable

Nous rencontrons Pascal Nègre au cours d’une semaine qui s’annonce historique pour les charts anglais. L’ancien boysband Take That, reformé et revenu à son succès d’antan, a sorti son nouvel album quelques jours plus tôt et est en passe de battre les records de ventes pour une première semaine. Il s’en est finalement vendu 520 000 en sept jours, soit la meilleure première semaine depuis Be Here Now d’Oasis en 1997… un jackpot pour Universal, la maison de disques du quintette britannique. C’est un beau prétexte pour interroger leur patron sur cette différence notable entre anglais et français: pourquoi ceux-ci achètent-ils toujours autant de disques ? 

Les anglais ont une relation totalement différente à la musique. Posséder de la musique est quelque chose de culturellement fondamental.

“Alors évidemment après il y a des débats mais pourquoi ? Ça n’est en tout les cas pas parce qu’on a loupé quelque chose puisque c’était le cas dans les années 60, dans les années 70 et ainsi de suite. J’ai souvent abordé le sujet en demandant pourquoi. Certaines personnes ont une analyse assez originale qui consiste à dire que le 45 tours était un support surpopulaire en Angleterre dans les années 60, tandis qu’en France c’était un support acheté par les classes moyennes. Alors j’en rajoute un peu et je n’aime pas ces termes, mais la musique, c’était vraiment un truc de prolo en Angleterre. En France, ceux qui achetaient un 45 tours étaient dans la classe moyenne.

L’autre argument étrange consiste à dire qu’en France, nous avons toujours eu besoin pour développer des carrières d’artistes, d’avoir des textes alors qu’en Angleterre un ‘love me yeah yeah yeah’ on s’en fout complètement pourvu que ça bouge. La mélodie est plus importante.”

Certes, mais on peut s’interroger sur le virage du numérique, largement pris par nos voisins d’outre-Manche (et d’ailleurs), mais plus poussif chez nous. Monsieur Nègre ferait-il preuve de mauvaise foi lorsqu’il évoque “la taille du gâteau” pour expliquer les différences de chiffres entre les deux marchés ? Certainement. On ne saurait trouver satisfaisant le fait de vendre 7000 ou 8000 titres quand on est en pôle position des classements quand dans d’autres pays aux marchés comparables au notre le numéro 1 des charts réalise 100 000 ventes hebdomadaires.

Logique donc d’évoquer un thème que nous avons déjà largement abordé sur OWNImusic : l’éducation musicale. On pourrait imaginer que les patrons de majors prennent conscience qu’avec un système d’éducation musicale plus efficace, ils pourraient profiter d’un public plus cultivé, demandeur de musique et bénéficier ainsi d’un vivier d’artistes plus compétents. Pascal Nègre développe son analyse de l’environnement culturel dans lequel il évolue:

“Là, c’est un long combat et pourquoi [...] ? Eh bien parce qu’en France, le culturel, (ça veut dire le respectable) c’est évidemment la plupart du temps le livre. Et la France est un pays d’écrivains. Ensuite, c’est le film. Parce qu’historiquement la France, à juste titre d’ailleurs, depuis le Front Populaire, a mis en place des systèmes d’aide au cinéma pour que le cinéma français existe. Dans la musique, le culturel, c’est la musique classique. Je me rappelle de mes cours en cinquième ou sixième où on nous faisait écouter les grands œuvres classiques, ce qui est très bien d’ailleurs. Mais voilà, en Angleterre, les Beatles font partie du patrimoine, c’est aussi important que pour nous Victor Hugo. Mais alors là mon pauvre, pour changer les mentalités, y’a du boulot.”

L’analyse étant plutôt pertinente, nous osons interroger notre interlocuteur sur la possibilité pour les industriels de la musique de participer à l’amélioration du système de l’éducation musicale en France (voir notre entretien avec Didier Lockwood). “Alors on peut dire avec notre petit niveau ‘faites des efforts’…mais alors là… [...] J’explique dans mon livre que notre poids économique est faible [...]”.


Pascal Nègre est PDG de maison de disque et non conseiller du ministre de l’Éducation Nationale, il est bien plus loquace sur les thématiques orientées business. Nous abordons alors les sujets qui nous animent chez OWNImusic, parmi lesquelles le marketing et la monétisation à l’heure d’Internet. En commençant par le concept du “pay what you want” (ou prix libre), le chef d’entreprise se réveille : “ça ne fait pas rêver”, nous dit-il lorsque l’on prend l’exemple, pourtant positif, du groupe anglais Radiohead.

Moi je pense que la “vraie” révolution de la distribution numérique c’est l’abonnement.

“Donc à partir de ce moment là, le Pay What You Want n’a même plus de sens parce qu’en fait c’est, “paie un accès à tout ce que tu veux”. Ce n’est plus “tu paies pour telle création”, mais “tu paies pour avoir accès à toutes les créations et tu prends ce que tu veux”. Ça c’est le premier point, et le deuxième point qui est intéressant pour moi avec l’abonnement et en particulier avec tout ce qu’est en train de développer Spotify, c’est l’échange des playlists et donc c’est le partage, qui était la deuxième idée. La musique, c’est l’écouter et la partager.”

Alors que le peer-to-peer remet en question la notion de partage depuis une dizaine d’années, que signifie “partager” selon Pascal Nègre ? Il est assez clair que cela n’a rien à voir avec une idée d’échange à l’infini entre internautes consentants:

“Quand on partage, c’est volontaire. Je vais partager mon dîner avec vous et j’en suis ravi. Si vous déboulez chez moi et vous vous asseyez à ma table alors que je ne vous ai pas invité alors là, ça ne s’appelle pas du partage. [...] Ensuite [...], et c’est sûrement mon côté égoïste, mais je partage avec les gens que je connais. Donc [...] avec le Peer to Peer vous ne partagez pas.”

On est donc tenté de nuancer ce concept de partage et de le reconsidérer au côté de la notion plus appropriée de recommandation. Ce que M. Nègre lie à ce qui constitue pour lui l’avenir de la musique enregistrée : l’abonnement aux services de streaming. “(…) Moi, ce que j’aime, parce que dans les propositions d’abonnements (n’oubliez pas que ce marché digital il est tout jeune, il est tout petit) c’est que c’est prévu. C’est à dire que vous pouvez vraiment partager. Vous échangez des playlists et là, pour moi, il y a une notion de partage.”

On en vient enfin à saisir la vision de l’homme d’affaires sur le futur de son secteur. Comme si la bataille de la vente de musique en tant que produit d’appel était presque perdue, il nous explique:

[mon] métier aujourd’hui, c’est de vendre des disques et des téléchargements. Demain, ce sera que ce soit écouté.

La nuance n’est pas insignifiante, puisqu’elle induit la nécessité d’une réelle réflexion stratégique dont on peut douter que les majors aient pris la mesure.

“on a une image d’hommes préhistoriques, alors qu’on est à l’inverse des pionniers, c’est à dire qu’on est les premiers à avoir essuyé les plâtres, qu’on est en train de travailler, de trouver les modèles, à la fois de ‘comment je vais vendre, comment je vais diffuser et monétiser’, parce qu’on a besoin de ça, et parallèlement à ça, on est d’une modernité absolue dans la manière dont on travaille aujourd’hui, le community management… Pour vous dire, ça fait un certain nombre d’années que ça existe chez nous, comment on travaille, comment on crée des blogs, comment on fait monter la sauce…”

Pas franchement convaincus malgré la verve certaine de notre hôte de la matinée, nous continuons à croire que les majors tâtonnent encore dans leur appréhension du digital, plus de dix ans après l’apparition de Napster et consorts. Si les initiatives valorisant les contenus (telle la web TV “OFF”, lancée par Universal cette année, qui propose du contenu exclusif de ses artistes) commencent à apparaître, elles restent des initiatives isolées et bien tardives. La justification de ce retard, si elle peut sembler sincère s’avère quelque peu maladroite :

Créer des contenus, c’est facile, mais si à un moment je crée des contenus et que ça me coûte une fortune… [...] Effectivement, Off c’est peut être pas très original mais j’ai l’impression qu’on est les premiers à faire ça…

Si nos avis respectifs divergent quant aux nouveaux usages, nous restons persuadés que la notion de monétisation, et par là-même la rémunération des artistes et le maintien d’une réelle économie autour des contenus culturels, est le nerf de la guerre dans ce débat.

Sur le chapitre primordial de la monétisation des contenus et de la rémunération des ayant-droits, M. Nègre s’inscrit en farouche opposant à la licence globale. “Il y a deux raisons. D’abord, en tant que citoyen, je ne vois pas pourquoi on me taxerait alors que je n’écoute pas de musique [...]”

“Deuxième raison : ca favorise qui ? Les gros. Alors vous allez me dire, ‘vous êtes complètement crétin, vous êtes la plus grosse maison de disque avec les plus gros artistes, vous pourriez en profiter’. Oui, mais non. Parce qu’on est le premier producteur de musique classique dans le monde, premier producteur de jazz dans le monde, on est le plus gros producteur de nouveaux artistes dans le monde. On est la maison de disque, en France et à l’international qui signe le plus de nouveaux artistes.” Ici, M. Nègre fait allusion au système de répartition des revenus liés à l’exploitation de la musique, qui, dans le cadre d’une licence globale, s’effectuerait par le biais de sondages effectués auprès des internautes. Nous ne pouvons nous empêcher de constater que la répartition actuelle des droits perçus auprès des radios et autres usages publics sont approximatifs et dépendent largement de la bonne foi des déclarants.

Allez, accordons tout de même au patron l’intention “louable” de maintenir un certain niveau de diversité au sein de sa major. Croyez-le ou pas, Universal ce n’est pas que les vaches à lait de type Black Eyed Peas ou Mylène Farmer :

Chez nous et il y a pleins de disques qu’on vend à trois-cents exemplaires et j’en suis très fier parce que ça fait partie de mon travail éditorial, c’est à dire de position par rapport à la création, à la culture… et la culture c’est la diversité.

On entend souvent que les revenus générés par le live constituent une planche de salut pour les artistes. Pourraient-ils alors envisager de délaisser les enregistrements studio, et, cassant le modèle traditionnel, se contenter de tourner sans fin pour aller chercher l’argent là où les consommateurs veulent bien encore le mettre, sans possibilité de piratage ?

Évidemment nous nous devions d’évoquer l’HADOPI, qui même si elle n’est pas le fait des seules majors, ne pouvait être ignorée dans cet entretien. La loi, dont on ne peut objectivement pas mesurer les résultats pour le moment, et au moment où les plateformes légales développées en parallèle commencent à faire leurs preuves, constitue l’un des sujets que Pascal Nègre a incarné en raison de sa position tant professionnelle que médiatique. M. Nègre commence par une mise au point sur la genèse de la loi :

“Excusez-moi mais HADOPI, ce ne sont pas les majors. Ce sont des députés, des sénateurs qui ont mis deux ans pour la voter. Parce qu’entre les accords de l’Elysée, c’est logique, il n’y a pas que la musique, il y a le film, le cinéma, la télé et excusez moi mais les fournisseurs d’accès aussi sont comptés dans cette liste. Donc voilà, premier point. Deuxième point, l’HADOPI, c’était l’idée que l’Etat officiellement dise ‘attention, pirater, ce n’est pas légal.’ C’est un point qui est important et visiblement, il y a des gens qui l’ont entendu. Il s’agit, à un moment, de dire ’si vous voulez que la création existe, il faut qu’elle soit financée et à un moment, aller pirater, c’est pas terrible’.”


Ainsi que nous nous y attendions, il nous prône la dimension pédagogique de la loi. Celle-ci s’attaquant avant tout aux réseaux de peer-to-peer, des moyens de piratage déjà obsolètes, détournés voire supprimés (dans le cas de Limewire par exemple), la légitimité d’engager de telles dépenses aux frais du contribuable est-elle vraiment justifiée ?

“Dix millions, vous trouvez ça beaucoup pour sauver une industrie dans laquelle 75 000 français travaillent ? (…) [Il y a] cinq millions de personnes qui travaillent dans le milieu culturel en Europe. Cinq millions de personnes qui sont liées à la création de contenus, c’est gigantesque. Et se poser la question de la piraterie c’est aberrant ? Non, ce n’est pas aberrant. (…) Moi je vois de la pub en permanence sur l’artisanat donc voilà, ça ne me choque pas de voir de la pub sur “attention, la création a un sens, elle a une valeur”.

Cette somme n’aurait-elle pas pu être investie dans l’innovation technologique, servir à développer des services légaux appropriés, qui dès qu’ils sont suffisamment qualitatifs et adaptés aux usages, détournent automatiquement les éventuels “pirates” des téléchargements illégaux ? La réponse fuse :“Je veux bien que l’État finance de l’innovation technologique et je trouve ça très bien. Mon angoisse, c’est que malheureusement, l’innovation technologique ne vient pas de chez nous.” (…) Quand vous voyez que vous êtes sur Deezer, sur FNAC.com et Itunes.com en France, et qu’il y en a un qui n’a pas le même taux de TVA que l’autre…” L’innovation technologique n’est en effet pas taxée aux États-Unis comme elle l’est en Europe.

Nous avons rapporté ici les points fondamentaux de notre long entretien avec Pascal Nègre. Nous vous invitons à en lire la retranscription complète [PDF].

Interview réalisée et éditée par Lara Beswick et Loïc Dumoulin-Richet.

Illustrations CC FlickR par Jonathan_W, Beverly & Pack,Steve.M~, ottonassar

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Droit d’auteur: le boulet de l’industrie musicale ? http://owni.fr/2010/10/27/droit-dauteur-le-boulet-de-lindustrie-musicale/ http://owni.fr/2010/10/27/droit-dauteur-le-boulet-de-lindustrie-musicale/#comments Wed, 27 Oct 2010 15:50:28 +0000 Lara Beswick http://owni.fr/?p=27380 Note de l’auteur: il est judicieux de justifier le choix du terme de droit d’auteur. Cet article n’est pas une traduction mais une adaptation. En effet, ayant conscience que le copyright diffère sur certains points de notre droit d’auteur français, nous avons opté pour l’adaptation plutôt qu’une traduction qui n’aurait été d’aucun intérêt pour nos lecteurs. Nous avons constaté en lisant l’article original sur Hypebot que les remarques effectuées par les intervenants étaient applicables et pertinentes tant pour le copyright que pour le droit d’auteur et nous aurions trouvé dommage de ne pouvoir apprendre des expériences anglo-saxonnes malgré les différences qu’il existe entre nos systèmes respectifs.

***

Depuis le début de la “crise” de l’industrie musicale, le droit d’auteur, notion complexe, subit les assauts des pirates et autres trublions qui cherchent à trouver d’autres modèles à l’heure du renouvellement qu’impose Internet. Dans un article paru sur Hypebot, Charlotta Hedman (@fjoms), essaye de faire le point sur la situation actuelle. Pour ce faire, elle a mis en place un dispositif original: la même question, posée à un panel d’experts:

Que devrait faire l’industrie de la musique du droit d’auteur? (What should the music industry do about Copyright?)

Nous vous proposons ici un condensé de son travail.

Richard Stallman: “Pour le bien de la musique, supprimons les majors!”

Le fondateur du Free Software Mouvement estime que les majors de l’industrie musicale ont mis en péril notre liberté en militant pour des lois répressives.

Elles créent en plus de la musique dont le succès dépend pour une large part de l’investissement initial. Cette manœuvre, qui consiste à créer de la superstar, contribue à agrandir les inégalités existantes dans le milieu. Il serait donc grand temps, selon R. Stallman et pour le bien de la musique, d’éradiquer ces puissantes machines.

Les solutions pour les artistes? Une forme de licence globale par et le “direct to fan” généralisé.

Eric Mackay, CELAS : une collaboration plus forte entre industrie musicale et secteur technologique

Pour Eric Mackay, c’est plutôt la question de la relation du consommateur aux droit d’auteur qu’il faudrait poser. La musique ayant perdu de sa valeur aux oreilles des consommateurs, les ayants-droit ne peuvent s’adapter du jour au lendemain.

Selon lui, les créatifs ne devraient pas chercher à monétiser la musique en elle-même mais la relation émotionnelle qu’elle créée.

Les ayants-droit ne peuvent s’adapter à la gratuité, il leur faut donc trouver d’autres voies de sortie. Partant de cette constatation, E. Mackay considère la frustration des auditeurs comme tout à fait compréhensible. Il rappelle cependant le fait qu’il est beaucoup plus évident d’obtenir une autorisation pour diffuser de la musique que cela ne l’est pour un film. Ce qui est certain, c’est qu’aucun utilisateur n’a jamais rechigné à payer le droit d’avoir un accès Internet mais la musique qui s’y trouve semble être négociable.

Le point essentiel pour E. Mackay réside dans la collaboration entre les secteurs technologiques et l’industrie musicale.

Il soutient que les innovations technologiques ne seront jamais à la hauteur des espérances des utilisateurs sans l’expertise du secteur concerné.

Helienne Lindvall: l’adaptation du droit aux usages

Journaliste, musicienne et compositrice, H. Lindvall pense que la difficulté provient du nombre d’usages auxquels le droit d’auteur se doit de s’adapter. Il est urgent pour les détenteurs de droits d’instaurer une solution plus simple et plus pratique pour faire valoir leurs droits. Les sociétés de gestion de droits ont commencé à mettre en place des systèmes de licence adaptés aux nouvelles technologies mais cette mise en place est bien trop tardive, lente et inefficace. Selon  H. Lindvall, les institutions responsables n’ont pas pris conscience de l’urgence de la situation.

Grant Murgatroyd: “La musique n’est qu’un détail”

G. Murgatroyd affirme que la musique n’est qu’un détail. Normal, pour un journaliste financier. La propriété intellectuelle ne représenterait que 20% de leur raison d’acheter et de ce que les fournisseurs sont prêts à investir. Selon G. Murgatroyd, le succès dépend du consommateur, le contenu, les productions et leur exécution n’intervenant que sur un second plan.

Jeremy Silver: une licence globale aidée par le numérique

Le président de la Featured Artists Coalition connaît son sujet et précise d’emblée que le droit d’auteur recouvre plusieurs réalités : droit de reproduction, droit de paternité, droit patrimoniaux (rémunération) et finalement le droit moral. Le fait de contrôler totalement la reproduction d’une œuvre est selon lui impossible à l’heure d’internet. Nous pouvons éventuellement ralentir la reproduction mais certainement pas l’éradiquer. Ceci dit, heureusement, la notion de paternité n’est pas remise en cause. Ce qui l’est en revanche est le droit patrimonial, et  le problème majeur est celui de la rémunération, le droit d’auteur n’étant certainement pas remis en cause.

Pour résoudre ce problème récurrent, J.Silver prône l’instauration d’une licence globale appuyée par le numérique:

Puisque de nouveau systèmes numériques intelligents permettent d’analyser quels contenus transitent par eux et où ils sont ensuite consommés ou utilisés, ces mêmes données pourraient servir à assurer la répartitions des revenus.

Scott Cohen: la publicité nous sauvera

S. Cohen lui, dénonce une grossière confusion faite entre la gestion de droit d’auteur et la protection de celui-ci. La protection des œuvres est une stratégie vouée à l’échec. Elle représente une réelle barrière à la rémunération. Plus personne ne demande d’où vient la musique qu’on découvre via Youtube. Pour le co-fondateur de la société de marketing et de distribution The Orchad :

Les revenus générés par la publicité indemniseront les propriétaires.

Michael Breidenbruecker: simplifier le droit d’auteur

Co-fondateur de Last.fm et PDG de RjDj, M. Breidenbruecker rejoint H.Lindvall et soutient que les acteurs de l’industrie doivent simplifier la façon de licencier les travaux. Le système actuel empêche toute forme d’innovation de se développer. Rien à voir avec le fait que le droit d’auteur soit bon ou mauvais. Tout le monde s’accorde sur le fait que les créateurs doivent être rémunérés.

Synthèse :

- concernant la reproduction à usage privé, la reconnaissance des CC (Creative Commons) règlerait le problème de l’illégalité (ridicule) de cette pratique.

- les secteurs techno et musique doivent travailler main dans la main pour offrir aux consommateurs une expérience unique et valorisable.

- utiliser les données du réseau pour rémunérer les artistes semble être une des solutions les plus adaptées pour une rémunération équitable. Cela passe néanmoins par une véritable volonté politique d’instaurer une licence globale.

- concernant l’efficacité des dons spontanés des auditeurs, évoqués par S. Stallman, tout reste à prouver.

- accélérer la mise en place de systèmes de création de licence est une priorité.

Cet article est inspiré du travail de Charlotta Hedman paru sur Hypebot.com

Crédits photos CC Flickr: Andyadontstop; Jfgornet; caribb

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Radiohead sous l’oeil de ses fans http://owni.fr/2010/09/02/radiohead-sous-loeil-de-ses-fans/ http://owni.fr/2010/09/02/radiohead-sous-loeil-de-ses-fans/#comments Thu, 02 Sep 2010 06:30:38 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=26375 Le groupe britannique Radiohead, qui avait secoué l’industrie du disque en proposant à ses fans de déterminer eux-mêmes le prix de son septième album In Rainbows, se retrouve à nouveau au coeur d’une initiative innovante. A ceci près que cette fois, les cinq anglais n’y sont pour (presque) rien.

6 passionnés + 60 cameramen = un live gratuit

Grâce à six passionnés et une soixantaine de cameramen d’un soir, le concert donné à Prague le 23 août 2009 a été filmé sous une multitude d’angles et est aujourd’hui proposé en téléchargement gratuit sur le site du projet.

Quid de la qualité audio ? Les vidéos de concerts réalisées par le public pêchent en effet souvent par un son médiocre. Pas ici, puisque Thom Yorke et sa bande, bluffés par le travail des fans à la vue d’un premier teaser et d’une chanson entièrement montée, leur ont fourni gratuitement les masters du show. “La confiance qu’ils nous ont témoignée en [les] partageant nous a flattés et honorés” s’enthousisame Nataly, qui a bien voulu répondre à nos questions par mail.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Celle-ci, admiratrice française du groupe depuis quinze ans, a rassemblé une équipe de six personnes pour la post-production, l’un venant de République Tchèque, les autres de New York ou encore du Royaume-Uni, tous animés par la même ferveur pour Radiohead. Techniquement, les choses se sont mises en place très simplement, même si diriger une telle équipe de tournage peut s’avérer délicat, comme nous l’explique la jeune femme :

J’avais l’espoir de pouvoir trouver des volontaires qui accepteraient de se placer à des endroits précis pour avoir des angles bien définis, mais c’est beaucoup demander car les fans ont en général envie d’être au plus près de la scène et au milieu, face à Thom !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le pay what you want enchante les fans (et le groupe)

Lorsque l’on interroge les fans sur l’option de pay what you want choisie par le quintette anglais en octobre 2007, ils affirment avoir été “enchantés de pouvoir se procurer le dernier album de leur groupe préféré à petit prix”. Pour rappel, et selon les données annoncées par Comscore, 62% des 1,2 millions d’internautes ayant téléchargé l’album l’ont fait sans contrepartie financière. Ceux qui ont choisi de rétribuer les artistes l’ont fait à hauteur de 6$ en moyenne. Une belle opération au final, puisqu’en choisissant de se passer d’intermédiaires, le groupe a empoché l’intégralité des revenus générés par In Rainbows.


Mais ici l’aspect financier est vite balayé par ces fans uniquement animés par l’envie de faire partager à toute leur communauté un live inédit et de qualité, puisque selon Nataly “le projet a entièrement été réalisé bénévolement et il n’y aura aucune retombée financière” ni pour le collectif, et encore moins pour le groupe. Même si celui-ci bénéficie maintenant d’un beau support live de sa dernière tournée. Cette expérience, déjà tentée dans une moindre mesure par les fans du groupe Nine Inch Nails serait-elle une nouvelle manière d’envisager la relation fan-artiste ? C’est en tous cas un pas de plus vers la prise en compte par les artistes de la créativité de leur fans.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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A force de se préoccuper de vendre la musique, on en oublie l’Art http://owni.fr/2010/08/02/a-force-de-se-preoccuper-de-vendre-la-musique-on-en-oublie-art/ http://owni.fr/2010/08/02/a-force-de-se-preoccuper-de-vendre-la-musique-on-en-oublie-art/#comments Mon, 02 Aug 2010 12:48:15 +0000 Rich Huxley http://owni.fr/?p=23616 Rich Huxley est membre du groupe de musique indé “Hope and Social”, producteur, et un des fondateurs d’Alamo music, le premier label anglais collaboratif qui appartient aux fans.

Le débat constant sur le besoin de monétiser la musique est assez déroutant pour moi. Ce n’est pas parce que l’on fait de l’art que l’on mérite de gagner de l’argent avec.

L’art pour l’amour de l’art

Art —nom

1 . La qualité, de production, d’expression ou d’un domaine spécifique selon les principes esthétiques de ce qui est beau, séduisant, ou qui sort de l’ordinaire. (Dictionary.com)

Relisez cette phrase encore une fois : « …ce qui est beau, séduisant, ou qui sort de l’ordinaire ». C’est ce qui devrait être à la fois la motivation et la récompense des musiciens, de faire quelque chose de beau et d’original.

Les chefs d’œuvres sont rarement produits dans le but unique de faire de l’argent. (je suis sûr que beaucoup argumenteront que les deux s’excluent mutuellement).

Pourquoi Bowie a fait « Changes » ? Pourquoi Lennon et McCartney ont écrit « A Day in the Life » ? Pour moi, si l’on veut faire de l’argent, il faut devenir expert comptable. Si l’on veut faire de l’art et de la musique, alors il faut continuer d’en faire. Créer n’est pas un préalable pour gagner de l’argent (fabriquer un marteau ne signifie pas que quelqu’un devra, de droit, acheter ce marteau).

Tu fais et joues de la musique ? Quelles sont les raisons pour lesquelles tu as commencé à jouer ? Pourquoi as tu rejoins un groupe ou joué pour la première fois devant un public ? Souviens-toi, quelle était ta motivation !

Dans mon cas, je me rappelle avoir vu mon père jouer du rock’n roll devant des amis et des inconnus, pendant des parties de déboire à guichet fermé en dehors des horaires d’ouverture des bars. Il jouait pour le plaisir des autres, gratuitement. Sa récompense était les visages illuminés et le sourire des gens qui partageaient ce moment. Il est, par essence un Fun-Pusher (donneur de plaisir).
C’est pourquoi je suis fier de dire « je fais partie de Hope and Social  et je vends du plaisir. Bien que ce ne soit pas le produit le plus cool ou le plus trendy (ce n’est pas du sexe, ni quelquechose de matériel, ni la plus belle coupe de cheveux, ou le jean le plus slim), c’est tout de même une monnaie à part entière.

Nous avons notre propre identité, notre propre concept, ça engage des fans et des nouveaux amis, et ça nous suit à chaque concert. Nous créons une expérience et à chaque nouveau concert il se passe un truc différent. En plus, contrairement à un CD/enregistrement/mp3 ce n’est pas copiable, on ne peut le mettre sur aucun support matériel.

Have fun make art

Pourquoi nous ne méritons pas de gagner de l’argent avec la musique

Tout d’abord, l’art que tu fais n’est pas nécessairement du goût de tout le monde : putain, ça peut même être de la merde ! En outre, les gens peuvent ne pas te donner de l’argent, à toi spécifiquement. Ils peuvent faire leur choix non pas en fonction de la qualité de ta musique ou de ton merchandising, mais du montant qu’ils veulent bien t’accorder.

Il y a un tas de raisons très variées qui expliquent pourquoi les gens choisissent de ne pas acheter tes produits. Ce que l’on peut néanmoins faire, c’est leur donner des bonnes raisons d’acheter.
Bien que je ne pense pas que n’importe qui mérite, par principe, de gagner de l’argent en faisant de la musique, je crois fortement que les artistes méritent l’opportunité d’avoir les moyens de créer, dans l’espoir qu’un jour cela leur devienne profitable.

Il s’agit aussi en partie de minimiser les dépenses : s’assurer que ce n’est pas l’artiste qui paye de sa poche pour, par exemple, organiser un concert ou presser ses cds.

Il faut profiter des médias web, de la distribution numérique et des nouveaux moyens offerts par internet pour entrer en contact avec votre public. C’est la raison pour laquelle je pousse sans arrêt les artistes à vendre leur musique sur les plateformes Pay What You Want (Prix libre), et dans une moindre mesure en Cds si ils ont le budget pour cela.

Le Pay What You Want donne la possibilité non seulement de payer ce que l’on veut mais aussi de donner à qui l’on veut. C’est avec cette idée présente à l’esprit que les musiciens doivent désormais continuer, avec le désir de faire de l’art, de créer des belles choses et d’amener les gens à vouloir partager leur argent avec vous.

piano bar

Alors pourquoi faire de la musique ? Pourquoi faire de l’art ?

La musique est d’une force si puissante et attrayante que les non-musiciens cherchent aussi à y travailler. Les attachés de presse par exemple, vont souvent travailler pour un salaire bien moindre que dans un autre secteur, mais vont y trouver beaucoup plus d’épanouissement. C’est la même chose pour un musicien, mais dans des proportions encore plus grande.
Je me rappelle quand j’ai commencé à écrire de la musique, c’était mon espoir qu’un jour quelqu’un viendrait me dire qu’une de mes créations l’a touché de la même manière que la musique m’a touché moi. Si quelqu’un te dit que ta musique est celle qui le motive avant de partir en soirée, que ça l’a aidé à dépasser un moment difficile, ou encore l’a inspiré artistiquement, alors voilà ta rémunération en tant que musicien. A mon sens, c’est cela qui devrait être la motivation principale pour commencer une carrière dans la musique, ce qui devrait pousser à écrire, répéter, jouer en live.

A travers la distribution en pay what you want, les concerts, le fait de donner du plaisir aux autres, comme j’ai pu voir mon père le faire gratuitement pendant 20 ans, je fais maintenant partie du groupe avec lequel j’ai toujours rêvé d’être.

Hope and Social est devenu au fil du temps un groupe de scène. Un peu comme un E-Street du Yorkshire, nous proposons un spectacle, un événement. Nous ne proposons certainement pas qu’un concert (bien que si c’était le cas, ce serait un putain de concert !). Ce que nous faisons est financièrement viable, et parfois il y a même un extra pour nous tous, mais au delà de ça, pouvoir faire de la musique est la récompense en elle-même.

Qui plus est, en saisissant les nouvelles opportunités qu’offre internet pour rentrer en contact et partager avec son public, nous sommes arrivés aujourd’hui à un point où nous sommes bien plus rentables qu’à l’époque où nous investissions dans la pub, la communication ou la distribution. Rentabilité d’abord, bénéfices ensuite.

Au delà du fait de profiter des nouvelles opportunités qui s’offrent à nous aujourd’hui, il est tout aussi important de ne pas perdre de temps et de l’énergie à se plaindre sur le fait que tout le monde télécharge gratuitement la musique, et de commencer à donner aux gens des putains de bonnes raisons de vous donner de l’argent.

This article was written by Rich Huxley for Creative Deconstruction – a place for music entrepreneurs.
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Traduction : Miruna Mitranescu

Crédits Photo CC Flickr : pictour_thismatthileo,

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Misteur Valaire, ces guerilleros du pay what you want http://owni.fr/2010/07/15/misteur-valaire-ces-guerilleros-du-pay-what-you-want/ http://owni.fr/2010/07/15/misteur-valaire-ces-guerilleros-du-pay-what-you-want/#comments Thu, 15 Jul 2010 14:15:45 +0000 Virginie Berger http://owni.fr/?p=22135 On vous l’a dit. Sur OWNImusic, on traitera de culture, de business, et du marketing de la musique. En mettant en avant artistes et entrepreneurs qui construisent cette nouvelle économie. En diffusant la musique suivant nos convictions, en Creative Commons (gratuitement remixable et libre d’usage hors exploitation commerciale) et en pay what you want (achetez la musique au prix que vous le souhaitez).

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Nous ne pouvions donc pas passer à côté de Misteur Valaire. Ce groupe électro-pop-jazz-rock-hip hop québécois détonne non seulement par sa musique, mais également par son militantisme en faveur de la diffusion libre de leur musique.

OWNImusic vous offre 10 places pour le concert de Misteur Valaire (voir l’évènement Facebook) le mardi 20 Juillet au Nouveau Casino! Premier arrivé, premier servi ! Envoyez votre email sur contact@ownimusic.com !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Misteur Valaire est convaincu que la musique doit être diffusée librement afin de toucher un maximum de personnes partout dans le monde.

Le groupe propose aussi aux utilisateurs de sa musique une licence Creative Commons, permettant de remixer sa musique sans exploitation commerciale possible.

Comme pour son précédent album « Friterday Night » (téléchargé gratuitement par près de 50 000 personnes), le groupe a décidé d’offrir son dernier album « Golden Bomba » en téléchargement gratuit et/ ou en « pay what you want ».  Golden Bombay a déjà pu être réalisé en grande partie grâce au soutien des fans qui avaient acheté l’album en prévente six mois avant sa sortie.

Une semaine après sa sortie, Golden Bombay se positionnait au 3e rang des ventes au Québec et au 22e rang au Canada. Leur single « Ave Mucho », a aussi pu se hisser dans le haut des palmarès radios.

Depuis le 18 mai 2010, date de la sortie de l’album, il s’est écoulé environ 4000 copies en ligne avec un prix moyen d’achat choisi à 7, 37$ (prix proposés allant de 10 cents à 35 dollars canadiens).

Simultanément,  Misteur Valaire a vendu 3995 copies chez les détaillants (3176 copies physiques et 819 copies numériques au Canada seulement, ventes Soundscan entre 12,99 $ et 14,99$), générant plus de 33 150$ en revenus.

Pour chaque copie numérique donnée/vendue sur sa propre plate-forme (en mode «Pay What You Want»), Misteur Valaire en vend autant en magasins .

Misteur Valaire soigne particulièrement sa proximité avec ses 40 000 fans. Le groupe communique directement avec eux via son site, blog, réseaux sociaux et newsletter avec des résultats plutôt parlants :

20 000 abonnés à la newletter

8 500 fans Facebook

250 000 écoutes sur Myspace

- Des fans et des téléchargements dans plus de 50 pays

De plus, le groupe fait le choix de la transparence totale sur son modèle économique et communique régulièrement sur ses chiffres concernant les écoulements gratuits, les ventes sur le blog de leur manager, Guillaume  Deziel.

Mais alors, quel est le business model de Mister Valaire ? Il n’est pas bâti sur la vente de musique, mais sur les produits dérivés,  la synchronisation, les spectacles, la ligne de vêtements et autres accessoires liés à l’image du groupe.

Parce que chaque musique a sa propre valeur. Et que la musique n’a pas toujours besoin de l’industrie.

OWNImusic vous offre 10 places pour le concert de Misteur Valaire (voir l’évènement Facebook) le mardi 20 Juillet au Nouveau Casino! Premier arrivé, premier servi ! Envoyez votre email sur contact@ownimusic.com !

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