OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Libérez Justin Bieber http://owni.fr/2011/11/14/liberez-justin-bieber/ http://owni.fr/2011/11/14/liberez-justin-bieber/#comments Mon, 14 Nov 2011 18:06:35 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=86979 C’est une première. Justin Bieber sort un album de Noël se rebelle. La star de 17 ans s’est emportée récemment contre une proposition de loi, intégrée au Protect-IP Act.

Cinq ans de prison pour du streaming

Le projet de loi S.978 est d’une redoutable simplicité. Il propose de modifier la loi existante afin de faire du streaming un crime. Plus précisément, le fait de “streamer du contenu protégé” dans l’optique “d’en tirer un avantage commercial ou un gain financier personnel”, passerait du statut de délit à celui de crime, passible au maximum de cinq ans d’emprisonnement. En bons connaisseurs des usages en vogue, les législateurs américains ont prévu que tout contenu consulté plus de 10 fois sur une période de 180 jours tomberait sous le coup de la loi. Et c’est là que Justin Bieber entre en scène.

Le chanteur s’est en effet fait connaître en mettant en ligne des vidéos dans lesquels il interprète les tubes de ses idoles. Du contenu protégé, donc, et streamé plus de dix fois. Cette vidéo par exemple, d’un tout jeune Justin entouré de ses posters adolescents et interprétant With You, de Chris Brown, a été vu plus de 36 millions de fois.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les souffrances du jeune Bieber

Il est donc possible que le jeune Bieber se retrouve en prison. Plusieurs sites Internet se servent, en s’en moquant gentiment, de la figure de la jeune star pour donner de l’écho à leur combat contre la loi. Sur freebieber.org, on peut signer une pétition mais aussi envoyer ses vidéos ou ses montages photos.

En page d’accueil, on retrouve la fameuse intervention radiophonique, durant laquelle la célèbre frange de Justin laisse apparaître une mèche rebelle [en anglais].

Justin Bieber speaks out against S. 978 by Fightforthefuture

Quelle que soit la personne à l’origine de cette loi, il faut qu’elle soit enfermée.

C’est malheureusement ce que risquent toutes celles et ceux qui reprennent les morceaux de leur star préférée avant de les mettre en ligne. Et tout un pan de la culture du net qui risque de s’effondrer si cette loi est votée.


Retrouvez les articles du dossier :

Une tyrannie du droit d’auteur nommée Acta

L’empire Hollywood attaque Internet

Illustrations : captures d’écran

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Pop, sexe, teen-stars : cocktail gagnant http://owni.fr/2011/03/25/pop-sexe-teen-stars-cocktail-gagnant/ http://owni.fr/2011/03/25/pop-sexe-teen-stars-cocktail-gagnant/#comments Fri, 25 Mar 2011 12:05:01 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=31344

Yesterday was Thursday, today is Friday, tomorrow is Saturday and afterwards comes Sunday

Hier nous étions jeudi, aujourd’hui nous sommes vendredi, demain nous serons samedi et après ça ce sera dimanche. Avouez que la pop est parfois pratique pour se rappeler les bassesses du quotidien. Cette trouvaille littéraire nous vient de la très jeune Rebecca Black, adolescente californienne de 13 ans comme il en existe tant, une jeune fille pas vraiment vilaine mais pas tellement jolie non plus. Sauf que celle qui aurait dû demeurer très loin dans l’ombre des Miley Cyrus, Selena Gomez, Demi Lovato et autres poupées manufacturées par Disney, fait actuellement l’objet d’un buzz aussi démesuré que révélateur d’une fascination malsaine pour les baby stars.

Depuis sa mise en ligne le 10 février dernier, la vidéo (very) low-cost du single Friday, toute en fonds verts et effets Windows Movie Maker, a été vue près de 47 millions de fois. Pour comparaison, Born This Way, le dernier Lady Gaga sorti le lendemain, affiche un peu moins de 25 millions de vues (au 25/3). “Rebecca Black” est un trending topic mondial sur Twitter depuis mi-mars et ne montre aucun signe de fatigue. Pire que cela ? Des gens achètent la chanson ! Friday est en effet 27ème du top iTunes US (au 25 mars, elle était 42ème le 23/3) et devrait logiquement continuer de grimper…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Si Rebecca Black amuse les réseaux sociaux et donne espoir à des milliers de gamines des banlieues plus ou moins aisées de Californie et d’ailleurs, elle n’est que la partie émergée d’un iceberg de glauque pailleté façonné par Ark Music Factory, une société de production artistique basée à Los Angeles et fondée par Patrice Wilson et Clarence Jey.

Patrice Wilson et Clarence Jey entourant l'une de leurs petites protégées

Quand on regarde d’un peu plus près le fonctionnement de la structure, on s’étonne de constater que le duo de producteurs concentre ses efforts musicaux sur une typologie très spécifique de “clients” : les garçons et filles de 13 à 17 ans, qu’ils attirent grâce à des petites annonces publiées sur des sites dédiés (voir ci-dessous).

Pour une somme que l’on imagine conséquente et acquittée par les parents des apprenties starlettes (on parle de 2000$, chiffre que les intéressés n’ont pas encore commenté), Ark Music Factory offre l’enregistrement d’un titre pop des plus génériques, surchargé d’autotune (ce logiciel qui corrige la voix) pour contourner les “légers” problèmes de fausseté de la plupart des clientes. Une vidéo est également proposée dans le package, outil ultime de viralité, ainsi que l’a prouvé la jurisprudence Rebecca Black et ses 47 millions de vues. Il est bon de noter qu’Ark Music Factory dispose d’un site web qui nous ramène directement en 2001, un véritable délice pour les yeux.

Les constantes observées au sein du catalogue d’Ark Music Factory soulèvent quelques questions quant aux intentions de la structure californienne. Avec un catalogue composé majoritairement de très jeunes filles qu’on jurerait sorties d’un concours de mini-miss et dont on imagine sans peine la mère style cougar défraîchie tapie dans un coin du studio d’enregistrement, Patrice Wilson et Clarence Jey semblent vouloir compléter les efforts de l’oncle Walt Disney dans l’hypersexualisation des (très) jeunes adolescentes (voir le cas Miley Cyrus). Sauf que contrairement aux bluettes made in Disney Channel, les deux angelenos ne font pas dans la demi-mesure et la fausse impudeur. On peut douter que des jeunes filles de 15 ans à peine soient aussi au fait des méandres des relations amoureuses que leurs chansons ne le laissent croire (voir Kaya : Can’t Get You Out Of My Mind). Face aux nombreuses critiques essuyées ces derniers jours, Ark Music Factory a décidé de contre-attaquer et promet “toute la vérité” pour le 25 mars, dans une vidéo à paraître sur son site.

La pop-érotisation n’a rien de neuf, notamment aux Etats-Unis, et l’innocent le dispute souvent au glauque. On pense à JonBenet Ramsay, cette mini miss au destin tragique (elle avait été retrouvée violée et assassinée dans le sous-sol de la maison familiale, et le crime n’a jamais été élucidé), qui en son temps avait cristallisé les critiques envers une Amérique victime de son culte de la célébrité à tout prix. Autre style, destin moins tragique, mais pas moins révélateur : Britney Spears, icône pop depuis la fin des années 90, qui chantait à 16 ans “hit me baby one more time” (“chéri démonte moi encore une fois”) en jupette d’écolière. Cela bien sûr, c’était avant sa révolution sexuelle, effectuée vers 20 ans au son de “I’m a slave for you” (“Je suis ton esclave”). Sur le même modèle,son héritière “spirituelle” Miley Cyrus suit à la lettre les préceptes de son aînée, passant sans transition de Hannah Montana au mini-short en cuir.

Les enfants-stars ne datent pas des années 2000. On se rappelle les premiers pas de Liz Taylor ou de Michael Jackson et ses frères, mais là les choses demeuraient très chastes et le public les a vu grandir au rythme des adolescents lambda, plus ou moins. Le problème posé par l’hyper-sexualisation des nouvelles idoles réside dans la rapidité avec laquelle elles font leur révolution sexuelle, qui constitue leur moyen d’émancipation d’une image idéalisée de petite fille modèle. Dans Hannah Montana, Miley Cyrus joue une adolescente bien sous tous rapports, collégienne le jour et star de la chanson la nuit. Mièvre au possible, la série ne ferait pas de mal à une mouche. Sauf que son héroïne grandit, et doit s’assurer un avenir après elle. Il passe, comme pour toutes les starlettes Disney, par une carrière musicale. Celle-ci permet facilement de rendre son image plus sexy. Sauf que le public (de petites filles) qui suit ces stars évolue, lui selon un schéma bien plus lent. La distance qui se crée alors entre le role-model et ses fans se fait rapidement fossé. Le même schéma s’applique à Britney, Demi, Selena et sans doute beaucoup d’autres à venir.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(Ci dessus : vidéo de la soirée de présentation des artistes Ark Music Factory)

Le dernier exemple en date ? L’arrivée des enfants de Will Smith sur le devant de la scène. Jaden, le fils de 11 ans tout d’abord, qui embrasse une carrière d’acteur en incarnant le célèbre Karate Kid dans le remake du film éponyme. Outre une large campagne de promotion dans les différents médias et un duo avec Justin Bieber sur la BO du film, le jeune adolescent s’est fendu d’une participation plutôt étonnante à une émission chinoise, au cours de laquelle les présentateurs lui ont demandé d’exhiber ses abdominaux, allant même jusqu’à les compter. Rappelons que Jaden est né en 1998.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La cadette Willow est elle aussi sur le devant de la scène, mais musicale cette fois. Son premier single “Whip My Hair”, est l’un des succès de ces derniers mois (#2 des charts anglais et 270 000 ventes, 11ème du Billboard américain). Moins sexuée que son aînée et ses collègues d’Ark Music Factory, il n’en demeure pas moins que Willow n’a plus grand chose d’une enfant lorsqu’elle est sur scène. Sauf peut-être le physique.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ce qui frappe le plus dans le phénomène entourant Rebecca Black, c’est la rapidité avec laquelle il s’est développé, bien aidé il faut dire par un mauvais buzz initié sur Twitter et soutenu par la vidéo postée sur YouTube. Le basculement du cercle d’initiés des réseaux sociaux au grand public a surpris les premiers autant qu’il excite le second. Alors que nombre de ces modes éphémères du web se cantonnent aux réseaux sociaux sans guère toucher davantage qu’un petit nombre d’habitués, celui-ci risque de faire de l’adolescente une star bien malgré elle.

Allez, pour finir, une parodie plutôt savoureuse, forcément intitulée “Saturday” !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Crédits photos : captures d’écran

Article initialement publié sur OWNI.fr
Retrouvez tous les articles du dossier “érotisation des enfants”:
Des soutiens-gorge “ampliformes” en taille… 8 ans
Little Miss Austin

Justin Bieber, star d’un porno ?

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Justin Bieber, star d’un porno ? http://owni.fr/2011/03/23/justin-bieber-star-du-porno/ http://owni.fr/2011/03/23/justin-bieber-star-du-porno/#comments Wed, 23 Mar 2011 13:30:47 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=45623

Vous connaissiez le Justin Bieber, puceau, qui respectait les filles ? Je suis devenu un Dieu du sexe qui préfère plutôt les voir souffrir ! (bieber-lemon, 16 ans)

La production avait de quoi surprendre. Imaginez donc. Un long récit pornographique, séparé en deux saisons et quelques dizaines de chapitres. Une orthographe assez douteuse obligeant parfois à lire à voix haute pour saisir l’essence du texte. Une cinquantaine de commentaires sous chaque chapitre. Le succès est au rendez-vous. Mais le plus intriguant est peut-être ailleurs. Le héros de cette histoire est Justin Bieber, star internationale à base de musique pop, et il partage son lit avec sa demie-soeur, Cassy. Ce récit est écrit par une jeune fille qui déclare avoir 16 ans.

Image d'accueil de fic-justin-bieber-lemon

Hébergé par la plate-forme de blog de Skyrock, ce récit fait partie des nombreuses fan-fictions fantasmant la vie de Justin Bieber. La star, âgée aujourd’hui de 17 ans, a sorti son premier disque en 2009 notamment sur les réseaux sociaux, déchaînant autour d’elle de nombreuses beliebers, adolescentes de 10 à 16 ans. Et les fan-fictions ne concernent pas seulement l’idole pop. Que ce soit Harry Potter, Twilight ou encore Spock, dès qu’un héros rassemble une fan-base importante, un petit nombre d’entre eux imagine une suite à ses aventures. Elles sont d’ailleurs très bien accueillies par certains auteurs et disposent même de plate-formes dédiées.

Le vit rêvé de Justin Bieber

Les fan-fictions érotiques, aussi appelées lemon en référence à Cream Lemon, hentaï —manga érotique— japonais, n’en sont qu’un genre parmi d’autres. Leur présentation est assez bien adaptée au web. Les récits ressemblent aux feuilletons du XIXe siècle. Un chapitre à la fois, la suite n’étant publiée que si un nombre suffisant de commentaires est atteint.

Pour la Suite, j’aimerai 10 Commentaires, 1 Fan et 3 Kiffs s’il vous plaît. (lemon-fiction, 13 ans)

Les récits sont assez disruptifs par rapport à l’édition usuelle. Chaque procédé stylistique est explicitement décrit. Ellipse, changement de point de vue ou encore aparté, l’auteur prévient avant de l’utiliser. L’auteur propose également des bandes sonores ou des liens vers La Redoute pour acheter les vêtements portés par les héros. La plate-forme de blog de Skyrock semble idéale pour ces récits. Mais hélas, ses conditions d’utilisation ne permettent pas aux lemon de rester bien longtemps en ligne une fois repérés.

Celle de la liaison de Justin Bieber avec sa demie-soeur a été, par exemple, retirée du site depuis sa découverte. Elle racontait en une saison de 9 chapitres comment la jeune Cassy, après avoir couché avec Justin Bieber devenait une “adolécente perturber qui se tappe tout les mec quelle croise“. L’utilisation du passé simple est assez étonnante, utilisant une terminaison unique tel que “faisa“, “sonna“, “ouvra” et autres “alla“. La description des scènes érotiques est linéaire et sans fioritures.

il commenca a carresser entre mes jambe
a part aman sa lui faiser de l’effet il bander
(fic-justin-bieber-lemon, 16 ans)

Les positions sont variées, l’imagination débridée. Ce que l’on peut deviner, c’est l’inspiration des oeuvres pornographiques très importante. Comme en témoigne les gémissements et le regard cru et mécanique sur l’acte sexuel. L’usage du préservatif y est quasi-régulier, prouvant au moins la réussite de la communication institutionnelle anti-SIDA.

Il me retourna d’un bond (après avoir enfilé un préservatif ^^), m’écarta les jambes à nouveau, & me pénétra doucement. (bieber-lemon, 16 ans)

Une sexualisation précoce

Image envoyée par Justin Bieber à sa petite-amie

La question que soulève ces productions est comment un jeune artiste, encore adolescent, peut se retrouver héros de récits pornographiques ? La star découverte grâce aux réseaux sociaux a bénéficié d’une stratégie de sexualisation de la part de ses producteurs. Malgré son jeune âge, tout est bon pour le transformer en objet de désir. Et cela, sans n’entendre aucun reproche. Autant des photos de Brooke Shields, nue, dans une baignoire peuvent déclencher des scandales, autant Miley Cirus, actrice-chanteuse, n’a pas le droit de poser dos nu à 15 ans, autant un jeune homme de 15 ans a, semble-t-il le droit de devenir un objet sexuel.

Dans ses clips, tout d’abord, il arrive toujours à séduire une femme, plus grande, plus âgée et bien formée. Dans ses plans de communication également, dans les séances de photographies organisées avec Kim Kardashian, top model de 29 ans connue pour des photos sulfureuses. Elle est sa prétendue petite amie de l’époque et le shooting pour Elle a lieu sur une plage. Justin Bieber apparaît avec une chemise mouillée, collant son corps musclé et imberbe. Miley Cirus, jeune actrice distinguée dans Hannah Montana, avait également posé pour Vanity Fair à l’âge de 15 ans. Elle était torse nue, et de dos. Ces photos ont fait scandale.

Peut-être est-ce parce que Miley Cirus est une star Disney ? Parce que la star Disney affiche fièrement en bracelet leur souhait de rester vierge jusqu’au mariage ? Ce qui n’est pas le cas de Justin Bieber. S’il n’évoque pas directement la question, son image parvient à être à la fois celle de l’enfant idéal pour leurs parents et l’amant rêvé pour les jeunes fans. Et celles-ci ne se laissent pas voler leur éphèbe. À peine connue la relation de Justin Bieber avec Selena Gomez, sa petite-amie, de nombreuses beliebers ont envoyé des tweets assassins.

Roses are red, violets are blue, @selenagomez if you’ll break @justinbieber’s heart I’m gonna kill you


Illustration de la Une : Louison pour Owni
Retrouvez tous les articles de notre dossier:
Des soutiens-gorge “ampliformes” en taille… 8 ans
Ados, chansons et hypersexualisation
Little Miss Austin


photos CC Flickr by Daniel Ogren

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http://owni.fr/2011/03/23/justin-bieber-star-du-porno/feed/ 13
YouTube: un modèle gratuit qui paye? http://owni.fr/2011/02/26/youtube-un-modele-gratuit-qui-paye/ http://owni.fr/2011/02/26/youtube-un-modele-gratuit-qui-paye/#comments Sat, 26 Feb 2011 14:15:41 +0000 Eliot Van Buskirk http://owni.fr/?p=48183

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Article initialement publié surEvolver.fm, traduit par Audrey Malmenayde et repéré par OWNImusic.com.

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Eliot Van Buskirk écrit pour le site Evolver.fm et s’interroge sur les problématiques liées à l’évolution des business models de la musique.

Baby, de Justin Bieber, la vidéo la plus vue sur YouTube

Alors que les maisons de disques et les sites de musique en ligne se battent pour convaincre les fans de musique de continuer à payer la musique, YouTube, lui-même un acteur majeur du secteur de la musique enregistrée, affirme que la distribuer gratuitement est aussi rentable pour les ayant-droit que de la faire payer, le tout étant inextricablement lié aux services de musique en ligne freemium comme Spotify et le très attendu Google Music.

Dans un entretien accordé à Evolver.fm au début du mois, les dirigeants de YouTube confirment que le site peut rapporter aux labels autant que des services payants et mettent en avant l’augmentation oscillant entre 200 et 300% de recettes que le site a générées auprès des titulaires de droits d’auteur l’année passée. Ils incombent cette forte croissance à l’augmentation générale du trafic notamment sur les téléphones mobiles, à des formats de publicité optimisés et plus rentables, à l’intégration d’AdWords dans le contenu vidéo (à travers lequel les annonceurs proposent des publicités que l’internaute « choisit » de regarder), à une nouvelle génération de curateurs qui partagent les vidéos sur les blogs et les réseaux sociaux multipliant ainsi leur audience, à des équipes commerciales plus efficaces particulièrement au sein de Vevo (une joint-venture associant Google, les principales maisons de disques et Abu Dhabi) ainsi qu’au système d’identification de contenu de YouTube qui permet aux détenteurs de droits d’auteur de gagner de l’argent même dans le cas d’une utilisation frauduleuse de leurs chansons.

« Nos plus gros partenaires musicaux gagnent plusieurs millions de dollars par mois » confie Chris Maxcy, le directeur des partenariats liés aux contenus sur YouTube. « Ce qui est également très impressionnant, c’est le niveau de croissance. Les niveaux de monétisation ont été multipliés par 2 voire 3 et ce seulement sur l’année passée…Nos labels partenaires sont ravis et nous misons sur une poursuite de la tendance. J’espère que d’ici un an nous pourrons annoncer de nouveau une multiplication des recettes par 2 ou 3 ».

Selon YouTube, la musique gratuite est aussi rentable que la musique payante. Et cela pourrait inspirer Google…

« Nous ne sommes pas attachés à un unique modèle payant en soi » explique Phil Farhi, un chef de produit au sein de l’équipe responsable des solutions de monétisation pour YouTube chez Google. « Nous nous sommes jusque là beaucoup concentrés sur la publicité, mais si certains utilisateurs dépensent de l’argent pour du contenu, d’autres dépensent du temps et de l’attention. Nous nous sommes penchés sur cette seconde catégorie. Et nous voyons qu’en optimisant vraiment tout, nous pouvons rapporter aux labels autant que les autres. »

Certains ne considèrent pas la valeur de la musique gratuite car ils demeurent trop concentrés sur son prix.

« C’est un piège connu : les gens se concentrent uniquement sur le prix des services intégrant la publicité en opposition au prix des plateformes d’abonnement ou de téléchargement », précise Phil Farhi. « Il ne faut pas seulement s’intéresser au prix mais aux niveaux d’audience et de visionnages atteints. »

La gratuité d’un produit en augmente la consommation. C’est une règle microéconomique avérée et une tendance prévisible. En effet qui ne voudrait pas d’un repas gratuit ? Ce qui est plus surprenant c’est que YouTube affirme pouvoir générer autant de recettes que des services payants à l’instar d’iTunes.

« Si on se penche sur les chiffres de Lady Gaga et que l’on compare le nombre de visionnages d’une vidéo sur YouTube et le nombre de téléchargements sur iTunes, il est évident qu’elle gagnera plus d’argent au travers d’un téléchargement payant que d’un visionnage sur YouTube » explique Phil Farhi. « En revanche si l’on raisonne en termes de trafic (c’est à dire le nombre de personnes qui regardent plusieurs fois ses vidéos, qui les regardent avant même de télécharger la chanson ou même découvrent l’artiste sur YouTube) il est aisé de comprendre comment ce système gratuit peut rivaliser avec un service payant. »

Le dilemme entre musique gratuite et musique payante a d’autant plus d’écho que la musique est aujourd’hui de plus en plus distribuée via des applications installées sur les téléphones mobiles, ordinateurs et à terme télévisions ou même autoradios. Les petits développeurs ne pouvant négocier des licences en propre auprès des labels mais désirant intégrer la lecture de morceaux complets à leur offre font face à un choix difficile. Ils peuvent soit intégrer gratuitement les vidéos YouTube à leur application (via Discovr) soit développer un abonnement limitant le temps d’écoute à 30 secondes pour les non-inscrits (MusicMapper).

Il y a quelques semaines, nous avons interrogé YouTube sur les risques que font peser sur l’industrie musicale une offre de musique gratuite et à la demande devenant une alternative à des services tels que MOG, Rdio, Rhapsody ou Spotify auprès des utilisateurs et des développeurs.

« Vous soulevez des questions intéressantes au sujet de certaines de ces applications » nous a répondu le directeur des partenariats liés aux contenus  Chris Maxcy. « Notre philosophie est la suivante : nous souhaitons rendre notre contenu le plus accessible possible. Nous voulons être la plus grande plateforme de divertissement, et nous pensons l’être déjà. Nous voulons nous assurer que les internautes ont accès aux vidéos par différents moyens…Tout cela est positif mais le risque avec ce principe et le système attenant, c’est que quelques personnes dans le monde abuseront de votre bonté et de l’accessibilité du contenu. Avec nos APIs, la grande majorité des développeurs respecte nos conditions d’utilisation. »

Sur les 10 vidéos les plus populaires sur YouTube, sept sont musicales

Les conditions d’utilisation de l’API YouTube précisent que les développeurs qui veulent intégrer des morceaux entiers à leur application peuvent le faire seulement s’il s’agit d’applications non commerciales (NB : cette information a été livrée par Farhi lors de l’entretien mais apparemment YouTube autorise l’utilisation de son interface dans une optique commerciale), si les vidéos complètes sont présentées et non seulement la musique qui en est extraite, et si les publicités de YouTube sont prises en compte.

Songza, Muziic et d’autres services n’ont pas respecté ces règles il y a quelques années, suite à quoi YouTube leur a interdit l’accès à son API ou menacé d’interdiction.

« Je pense que les applications intégrant la musique sont une excellente idée et nombre de services sont sérieux. Il est plus intelligent pour un développeur de s’assurer de respecter les conditions d’utilisation que de penser pouvoir les contourner pour accéder à notre plateforme » précise Phil Farhi. « Ils seront obligés de cesser leur activité et l’expérience du consommateur sera mauvaise car il ne pourra plus regarder les vidéos YouTube ».

Il est donc clair que si les développeurs d’applications poussent trop loin leur intégration de YouTube, ils en seront empêchés et YouTube a prouvé par le passé être capable de telles mesures. En revanche le constat que la musique gratuite est aussi rentable que la musique payante prouve que les développeurs devraient inclure les deux options : des vidéos YouTube pour les fans qui ne veulent pas payer pour écouter de la musique et un service d’abonnement tel que Rdio pour ceux qui désirent le faire.

A terme, le véritable bénéficiaire du postulat « la musique gratuite et la musique payante génèrent autant de recettes » pourrait être Spotify, ou même Google.

Phil Farhi constate le succès de Spotify sur la plateforme Facebook en Europe, car les internautes intègrent les liens Spotify à leur fil d’actualité (la version gratuite offre jusqu’à 20 heures de musique par mois). De plus, Spotify s’intègre directement à Facebook comme un réseau de partage musical. En revanche aux Etats-Unis les utilisateurs de Facebook préfèrent largement intégrer la musique via YouTube, comme chaque fan de musique américaine sur Facebook a pu le constater.

L’atout de Spotify réside dans sa capacité d’une part à rentabiliser l’écoute gratuite au travers de la publicité, d’autre part à permettre aux utilisateurs prêts à payer des services supplémentaires (application mobile, lecture hors ligne, meilleure qualité de son, absence de publicité) de ne pas changer de service et risquer de perdre leurs playlists, notes et contacts.

La leçon à tirer du débat entre YouTube et les services de musique payants est que Spotify, ou un type de service équivalent tirant profit à la fois de la musique gratuite et payante, est capable de générer des recettes au sein d’une industrie en proie à une profonde crise.

Lire la réaction de David Hyman, PDG de MOG au sujet de cet article.

Illustrations CC FlickR: webtreats & captures d’écran.

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http://owni.fr/2011/02/26/youtube-un-modele-gratuit-qui-paye/feed/ 2
YouTube : “la musique gratuite rapporte autant que la musique payante” http://owni.fr/2011/02/22/youtube-la-musique-gratuite-rapporte-autant-que-la-musique-payante/ http://owni.fr/2011/02/22/youtube-la-musique-gratuite-rapporte-autant-que-la-musique-payante/#comments Tue, 22 Feb 2011 14:04:21 +0000 Eliot Van Buskirk http://owni.fr/?p=30457 Eliot Van Buskirk écrit pour le site Evolver.fm et s’interroge sur les problématiques liées à l’évolution des business models de la musique.

Baby, de Justin Bieber, la vidéo la plus vue sur YouTube

Alors que les maisons de disques et les sites de musique en ligne se battent pour convaincre les fans de musique de continuer à payer la musique, YouTube, lui-même un acteur majeur du secteur de la musique enregistrée, affirme que la distribuer gratuitement est aussi rentable pour les ayant-droit que de la faire payer, le tout étant inextricablement lié aux services de musique en ligne freemium comme Spotify et le très attendu Google Music.

Dans un entretien accordé à Evolver.fm au début du mois, les dirigeants de YouTube confirment que le site peut rapporter aux labels autant que des services payants et mettent en avant l’augmentation oscillant entre 200 et 300% de recettes que le site a générées auprès des titulaires de droits d’auteur l’année passée. Ils incombent cette forte croissance à l’augmentation générale du trafic notamment sur les téléphones mobiles, à des formats de publicité optimisés et plus rentables, à l’intégration d’AdWords dans le contenu vidéo (à travers lequel les annonceurs proposent des publicités que l’internaute « choisit » de regarder), à une nouvelle génération de curateurs qui partagent les vidéos sur les blogs et les réseaux sociaux multipliant ainsi leur audience, à des équipes commerciales plus efficaces particulièrement au sein de Vevo (une joint-venture associant Google, les principales maisons de disques et Abu Dhabi) ainsi qu’au système d’identification de contenu de YouTube qui permet aux détenteurs de droits d’auteur de gagner de l’argent même dans le cas d’une utilisation frauduleuse de leurs chansons.

« Nos plus gros partenaires musicaux gagnent plusieurs millions de dollars par mois » confie Chris Maxcy, le directeur des partenariats liés aux contenus sur YouTube. « Ce qui est également très impressionnant, c’est le niveau de croissance. Les niveaux de monétisation ont été multipliés par 2 voire 3 et ce seulement sur l’année passée…Nos labels partenaires sont ravis et nous misons sur une poursuite de la tendance. J’espère que d’ici un an nous pourrons annoncer de nouveau une multiplication des recettes par 2 ou 3 ».

Selon YouTube, la musique gratuite est aussi rentable que la musique payante. Et cela pourrait inspirer Google…

« Nous ne sommes pas attachés à un unique modèle payant en soi » explique Phil Farhi, un chef de produit au sein de l’équipe responsable des solutions de monétisation pour YouTube chez Google. « Nous nous sommes jusque là beaucoup concentrés sur la publicité, mais si certains utilisateurs dépensent de l’argent pour du contenu, d’autres dépensent du temps et de l’attention. Nous nous sommes penchés sur cette seconde catégorie. Et nous voyons qu’en optimisant vraiment tout, nous pouvons rapporter aux labels autant que les autres. »

Certains ne considèrent pas la valeur de la musique gratuite car ils demeurent trop concentrés sur son prix.

« C’est un piège connu : les gens se concentrent uniquement sur le prix des services intégrant la publicité en opposition au prix des plateformes d’abonnement ou de téléchargement », précise Phil Farhi. « Il ne faut pas seulement s’intéresser au prix mais aux niveaux d’audience et de visionnages atteints. »

La gratuité d’un produit en augmente la consommation. C’est une règle microéconomique avérée et une tendance prévisible. En effet qui ne voudrait pas d’un repas gratuit ? Ce qui est plus surprenant c’est que YouTube affirme pouvoir générer autant de recettes que des services payants à l’instar d’iTunes.

« Si on se penche sur les chiffres de Lady Gaga et que l’on compare le nombre de visionnages d’une vidéo sur YouTube et le nombre de téléchargements sur iTunes, il est évident qu’elle gagnera plus d’argent au travers d’un téléchargement payant que d’un visionnage sur YouTube » explique Phil Farhi. « En revanche si l’on raisonne en termes de trafic (c’est à dire le nombre de personnes qui regardent plusieurs fois ses vidéos, qui les regardent avant même de télécharger la chanson ou même découvrent l’artiste sur YouTube) il est aisé de comprendre comment ce système gratuit peut rivaliser avec un service payant. »

Le dilemme entre musique gratuite et musique payante a d’autant plus d’écho que la musique est aujourd’hui de plus en plus distribuée via des applications installées sur les téléphones mobiles, ordinateurs et à terme télévisions ou même autoradios. Les petits développeurs ne pouvant négocier des licences en propre auprès des labels mais désirant intégrer la lecture de morceaux complets à leur offre font face à un choix difficile. Ils peuvent soit intégrer gratuitement les vidéos YouTube à leur application (via Discovr) soit développer un abonnement limitant le temps d’écoute à 30 secondes pour les non-inscrits (MusicMapper).

Il y a quelques semaines, nous avons interrogé YouTube sur les risques que font peser sur l’industrie musicale une offre de musique gratuite et à la demande devenant une alternative à des services tels que MOG, Rdio, Rhapsody ou Spotify auprès des utilisateurs et des développeurs.

« Vous soulevez des questions intéressantes au sujet de certaines de ces applications » nous a répondu le directeur des partenariats liés aux contenus  Chris Maxcy. « Notre philosophie est la suivante : nous souhaitons rendre notre contenu le plus accessible possible. Nous voulons être la plus grande plateforme de divertissement, et nous pensons l’être déjà. Nous voulons nous assurer que les internautes ont accès aux vidéos par différents moyens…Tout cela est positif mais le risque avec ce principe et le système attenant, c’est que quelques personnes dans le monde abuseront de votre bonté et de l’accessibilité du contenu. Avec nos APIs, la grande majorité des développeurs respecte nos conditions d’utilisation. »

Sur les 1à vidéos les plus populaires sur YouTube, sept sont musicales

Les conditions d’utilisation de l’API YouTube précisent que les développeurs qui veulent intégrer des morceaux entiers à leur application peuvent le faire seulement s’il s’agit d’applications non commerciales (NB : cette information a été livrée par Farhi lors de l’entretien mais apparemment YouTube autorise l’utilisation de son interface dans une optique commerciale), si les vidéos complètes sont présentées et non seulement la musique qui en est extraite, et si les publicités de YouTube sont prises en compte.

Songza, Muziic et d’autres services n’ont pas respecté ces règles il y a quelques années, suite à quoi YouTube leur a interdit l’accès à son API ou menacé d’interdiction.

« Je pense que les applications intégrant la musique sont une excellente idée et nombre de services sont sérieux. Il est plus intelligent pour un développeur de s’assurer de respecter les conditions d’utilisation que de penser pouvoir les contourner pour accéder à notre plateforme » précise Phil Farhi. « Ils seront obligés de cesser leur activité et l’expérience du consommateur sera mauvaise car il ne pourra plus regarder les vidéos YouTube ».

Il est donc clair que si les développeurs d’applications poussent trop loin leur intégration de YouTube, ils en seront empêchés et YouTube a prouvé par le passé être capable de telles mesures. En revanche le constat que la musique gratuite est aussi rentable que la musique payante prouve que les développeurs devraient inclure les deux options : des vidéos YouTube pour les fans qui ne veulent pas payer pour écouter de la musique et un service d’abonnement tel que Rdio pour ceux qui désirent le faire.

A terme, le véritable bénéficiaire du postulat « la musique gratuite et la musique payante génèrent autant de recettes » pourrait être Spotify, ou même Google.

Phil Farhi constate le succès de Spotify sur la plateforme Facebook en Europe, car les internautes intègrent les liens Spotify à leur fil d’actualité (la version gratuite offre jusqu’à 20 heures de musique par mois). De plus, Spotify s’intègre directement à Facebook comme un réseau de partage musical. En revanche aux Etats-Unis les utilisateurs de Facebook préfèrent largement intégrer la musique via YouTube, comme chaque fan de musique américaine sur Facebook a pu le constater.

L’atout de Spotify réside dans sa capacité d’une part à rentabiliser l’écoute gratuite au travers de la publicité, d’autre part à permettre aux utilisateurs prêts à payer des services supplémentaires (application mobile, lecture hors ligne, meilleure qualité de son, absence de publicité) de ne pas changer de service et risquer de perdre leurs playlists, notes et contacts.

La leçon à tirer du débat entre YouTube et les services de musique payants est que Spotify, ou un type de service équivalent tirant profit à la fois de la musique gratuite et payante, est capable de générer des recettes au sein d’une industrie en proie à une profonde crise.

Article initialement publié sur Evolver.fm et traduit par Audrey Malmenayde.

Crédit photos : FlickR CC codenamecueball & captures d’écran.

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Mèmes-o-rama http://owni.fr/2010/08/29/les-memes-en-mieux/ http://owni.fr/2010/08/29/les-memes-en-mieux/#comments Sun, 29 Aug 2010 08:00:16 +0000 Vincent Glad http://owni.fr/?p=26185 La définition précise du «mème Internet» est toujours très discutée. On peut voir le «mème» d’une manière restrictive en expliquant que c’est une image, une vidéo, un concept ou une personnalité qui est recyclé et parodié par les internautes avec les différents moyens d’expression du web: groupes Facebook, montages Photoshop, gifs animés, création de sites…

Le problème de cette définition est qu’elle exclut certains phénomènes qu’on classerait instinctivement comme mèmes, à l’image des statuts Facebook sur la couleur des soutiens-gorges (voir plus bas) où l’aspect parodique n’apparaît pas.

On peut aussi définir le «mème» de manière plus large, comme semblent le faire les Américains, en retenant juste que c’est une blague Internet à forte viralité. «An Internet meme is an inside joke, that a large number of Internet users are in on», comme dit la fiche Wikipedia. Le problème de cette définition est qu’elle englobe à peu près tout, y compris des buzz foireux comme cette fausse employée démissionnaire.

Nous retiendrons une définition médiane (enfin, avant qu’on change d’avis): un «mème» serait un phénomène Internet humoristique dont chaque contribution d’internaute enrichit l’oeuvre globale. Ainsi, on exclut le modèle basique de diffusion du buzz (un diffuseur -> un récepteur) pour préférer un modèle plus moderne de création commune d’un objet culturel, parodique ou non.

Pour ce classement “top 10 des mèmes”, nous avons essayé de classer les mèmes en fonction de leur importance, leur succès et leur portée vus de France. N’ont été retenus que les mèmes apparus en 2010.

1. Sad Keanu


Le mème le plus drôle de l’année part d’une série de paparazzades a priori anodines de l’acteur Keanu Reeves. Postées pour la première fois avec une légende pas drôle le 3 juin sur Reddit, les photos vont devenir un support de LOL extraordinaire quand la silhouette désabusée de Keanu va être détourée pour permettre une série de détournements Photoshop: Keanu à Yalta, Keanu en boîte, Keanu en Irak, Keanu au boulot… Le succès de la série Sad Keanu s’explique assez largement par l’éternel spleen que traîne l’acteur, subtilement matérialisé par cette paparazzade au sandwich. Comme disait Keanu, «Je suis désolé, mon existence n’est pas vraiment noble ou sublime».

2. Justin Bieber (pour l’ensemble de son oeuvre)


La starlette pop est le souffre-douleur de l’Internet mondial depuis le début de l’année. En 2010, la puberté ne se matérialise plus par l’apparition de pilosité mais plutôt par l’abandon du culte du Bieber. À partir de 16 ans, on ne peut plus décemment aimer le beau Justin alors on fait comme tout le monde sur Internet, on se moque de lui. Le LOL Bieber se décline sous toutes les formes et il est strictement impossible d’être ici exhaustif, mais retenons le plébiscite pour un concert en Corée du Nord, la fausse rumeur sur sa syphilis, la version 800 fois plus lente d’un de ses tubes, sa parade amoureuse ou les parodies de son interview dans la voiture. Pour le pauvre Justin, l’Internet, ça doit un peu près ressembler à cette porte vitrée.

3. Bernard Montiel est mort

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Le 8 juin, un compte Twitter anonyme réputé pour sa malice, @lapin_blanc, poste ce statut: «RIP Bernard Montiel.». Connaissant le personnage, les utilisateurs du réseau social «retweetent» le message, mais uniquement pour s’amuser, comme une manière de parodier les fausses morts de star, un grand classique d’Internet: Twitter a déjà fait mourir plusieurs fois Michel Sardou, Wikipédia est connu pour avoir décapité Philippe Manoeuvre, le forum GayAttitude a eu la peau de Flavie Flament… La blague de mauvais goût a le mérite de montrer le vide inter-sidéral dans lequel peuvent tomber les médias qui se sont empressés de faire des articles pour dire que Montiel n’était pas mort —créant du coup la rumeur, alors que sur Twitter elle était restée dans un cercle d’initiés qui n’y croyaient pas. Depuis Bernard Montiel a retrouvé une émission sur France 2. Coïncidence? Je ne pense pas.

4. Double rainbow all the way

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Les vidéos débiles ont parfois un drôle de destin. Cette séquence extatique, filmée par un ancien fermier du Yosemite National Park reconverti dans le cagefighting, a été postée le 8 janvier 2010 sur YouTube mais n’a connu le succès que 5 mois plus tard à la faveur d’un tweet du comique Jimmy Kimmel. La vidéo rentre immédiatement dans l’imaginaire collectif de l’Internet mondial et engendre quantité de parodies dont voici une petite sélection: le Fort Boyard remix, le Double Rambo et la version contre-champ. L’expression «ALL THE WAY» (ne pas oublier les caps) est devenue un classique de l’humour web. À utiliser dans vos moments d’emballement pour exprimer l’idée d’infini qui vous serre le coeur: «Je t’aime ALL THE WAY».

5. Jessi Slaughter

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Face aux haters, cette sale race de «jaloux» qui pullulent sur l’Internet, mieux vaut se taire et «don’t feed the troll» (ne pas nourrir le troll). Jessi Slaughter, une Américaine de 11 ans, était sans doute trop jeune pour connaître ce bon précepte et voilà ce qu’elle a répondu en vidéo à ceux qui la pourissaient sur YouTube: «Personne ne peut être aussi jolie que moi sans maquillage, et si vous me détestez, c’est parce que vous êtes jaloux. […] Arrêtez de me détester; sinon je vous ferai péter la cervelle.» Pas de chance, cette vidéo tombe sur 4chan, le forum le plus génial et le plus méchant du web. Les «loleurs» qui y sévissent décident de la prendre pour cible, allant jusqu’à lui passer des coups de fils anonymes. Ce qui occasionnera une deuxième vidéo où le père de la jeune fille intervient avec cette phrase désormais culte: «CONSEQUENCES WILL NEVER BE THE SAME». LOL will never be the same pour Jessi, devenue une icone du web aux très multiples parodies comme cette version Rick Astley.

6. Couleurs de soutien-gorge sur Facebook


Début janvier, Facebook s’emballe. Les unes après les autres, les filles postent d’énigmatiques couleurs dans leurs status Facebook: «noir», «rouge», «beige», «ébène», «blanc avec des coeurs»… Les garçons ne comprennent pas. Avant de comprendre et de liker puisque il s’agit de la couleur du soutien-gorge des filles. La blague a circulée en mode «téléphone secret» dans les mails Facebook des filles avec ce genre de messages: «Une amie lance un jeu pour aujourd’hui!!!Nous jouons un jeu…ça va etre amusant:):)vous ecrivez la couleur du soutien gorge que vous portez sur votre statut…seule la couleur et rin d’autre!Envoyer a tous vos amis de sexe feminin…NO MEN!Ce sera amusant de voir comment sa se propage…et tous les gens vont se demander pourquoi toutes les filles ont une couleur dans leur statut». Ce mème n’a rien de très drôle mais son mode de diffusion (Facebook et ses 350 millions d’utilisateurs) en a fait un produit universel, aux Etats-Unis comme en France, chez les mamans comme chez les collégiennes. Peut-être la plus grande cours de récré de tous les temps.

7. La vuvuzela


Premier tour de la Coupe du Monde. Tout le monde se fait chier. Les matchs sont insipides et la France n’a pas encore perdu de match. Du coup, l’attention se polarise sur le bruit infernal que font les vuvuzelas. Internet va faire de la vuvuzela son objet star pendant une grosse semaine de délire incessant. Mais sans surprise, dès que l’actualité a repris son cours (avec des grands matchs comme Allemagne-Australie et le fiasco de l’équipe de France), l’objet a progressivement disparu des radars. On retiendra quelques merveilles de LOL comme cette sonate pour vuvuzela, cette parodie d’un tableau de Giambattista Langetti ou cette petite pique à l’encontre de l’équipe anglaise.

8. Les Tumblr «Bonjour»


Le blog Bonjour Madame postait tranquillement ses photos érotiques depuis début 2009. Jusqu’à ce que des petits malins commencent début 2010 à créer des blogs Tumblr similaires avec toujours le même design et la même URL absurde: Bonjour Poney, Bonjour le Chien, Bonjour le Chat, Bonjour Panda… Les fans d’animaux se régalent et même le Parti socialiste s’y est mis avec Bonjour la droite, première incursion dans le LOL d’un grand parti français. Nos petits préférés sont un tantinet plus mal pensants: Bonjour Hitler, Bonjour la sodomie, Bonjour les enfants… A noter que personne n’a pensé à faire un Bonjour Tristesse (allez, just for the lulz). Si les Français ont le «Bonjour», les Américains ont eux le «Fuck Yeah», leur mème Tumblr pour un concept à peu près similaire.

9. Bed Intruder

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Tout commence par un fait divers sordide cet été en Alabama: la chaîne locale WAFF-TV diffuse un reportage sur Kelly Dodson, une jeune femme qui a failli se faire violer dans son lit par un intrus qui est rentré par effraction. Internet va s’emparer de cette vidéo à cause de l’interview hallucinée de son frère Antoine Dodson: «Eh bien, de manière évidente, il y a un violeur à Lincoln Park. Il monte à vos fenêtres, saisis les habitants et essaye de les violer. Donc il faut que vous cachiez vos enfants, cachiez votre femme et cachiez votre mari parce qu’ils violent un peu partout ici». Qui dit séquence culte dit évidemment parodies: version Linkin Park, version lolcat, version pogs. Mais ce mème restera dans les mémoires surtout pour sa parodie «auto-tunée» qui a réussi l’exploit d’atteindre la 89e place des charts américains.

10. Le Meuporg

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Le présentateur du journal de Télématin, Nathanaël de Rincquesen, a fait une entrée fracassante dans le monde du LOL en mars dernier. Parlant de la cyber-dépendance, ils évoquent ces jeunes qui «passent leur temps à se goinfrer des Meuporg». Une prononciation complètement hasardeuse du terme MMORPG (jeux de rôle en ligne massivement multijoueur). Symbole de la fracture qui se creuse entre le monde du web et celui de la télévision, l’expression devient culte sur le web français. Le remix dance atteint presque les 700.000 vues. À signaler aussi ce joli montage Photoshop ou cette reprise d’un classique du web. France 2 finira par acheter le mot-clé «Meuporg» sur Google pour renvoyer les internautes avides de buzz sur son propre site. Et la série de France 3 Plus Belle La Vie réutilisera une variante du mot, le «Morpeug».

Crédits photos cc FlickR Profound Whatever, brenna_ et soymalau, Bonjour Panda !

Article initialement publié sur Happy Keanu

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